Depuis dix ans que je transmets les Fleurs de Bach, mon regard sur elles a beaucoup évolué.
Pour celles qui ne les connaissent pas, les Fleurs de Bach sont un système de soin naturel élaboré dans les années 1930 par le Dr Edward Bach, un médecin anglais. Il repose sur 38 élixirs préparés à partir de fleurs sauvages et destinés à nous aider à harmoniser nos émotions. Mimulus est par exemple utilisé pour les peurs connues, Impatiens pour l’impatience, Clematis lorsque nous avons tendance à nous évader dans notre monde intérieur…
C’est ainsi que les Fleurs de Bach sont le plus souvent présentées aujourd’hui. Pourtant, lorsqu’on revient aux écrits du Dr Bach, on découvre que son intention allait plus loin. Pour lui, les fleurs devaient aussi nous aider à retrouver le chemin de notre « Moi supérieur », de notre âme, et à développer les qualités nécessaires à notre évolution.
Depuis quelques années, j’explore cette dimension spirituelle en m’intéressant notamment à la signature des plantes. Cette approche, que l’on retrouve chez Paracelse dès le XVIe siècle, propose d’observer la forme d’une plante, sa couleur, son milieu de vie ou encore sa manière de pousser pour tenter de comprendre ce qu’elle peut nous enseigner.
Appliquée aux douze premières fleurs découvertes par le Dr Bach, les « Douze Guérisseurs », cette lecture fait apparaître douze grands principes que l’on retrouve à l’œuvre dans le Vivant : la Sensibilité avec Mimulus, l’Impulsion avec Impatiens, la Manifestation avec Clematis, l’Occultation avec Agrimony, mais aussi l’Attraction, l’Expression, l’Inertie, le Changement, le Rythme, l’Évolution, la Différenciation et la Profondeur. Cette lecture des Douze Guérisseurs a notamment été développée par le botaniste et chercheur catalan Jordi Cañellas.

Pour approcher ces principes, je commence par regarder la plante. Comment pousse-t-elle ? Comment réagit-elle à son environnement ? Vers quoi se dirige-t-elle ? Que fait-elle de ses graines ? Et depuis quelque temps, j’ajoute une autre étape à cette observation : j’essaie de la dessiner.
Dessiner une plante pour comprendre son geste
Dessiner une plante oblige à la regarder autrement.
Tant que je me contente d’une photographie, je peux avoir l’impression d’avoir compris sa forme. Mais lorsque je prends un crayon, je suis obligée de regarder comment la tige s’insère réellement, dans quelle direction part une feuille, comment la fleur s’oriente ou comment les différentes parties s’articulent entre elles.
Je ne cherche pas nécessairement à produire un dessin botanique exact. Ce qui m’intéresse est de comprendre le geste de la plante. Est-ce qu’elle s’élève ou s’étale ? Est-ce qu’elle s’agrippe ? Est-ce qu’elle se replie avant de s’ouvrir ? Est-ce qu’elle avance en ligne droite ou par détours ? Est-ce qu’elle concentre son énergie ou la projette vers l’extérieur ?
Le dessin devient alors une prolongation de l’observation. La main suit les mouvements que l’œil découvre et, ce faisant, je commence parfois à comprendre autrement ce que j’avais étudié intellectuellement.
C’est ici que je retrouve des points communs avec la pratique du Zentangle. Il ne s’agit pas de dessiner pour atteindre un résultat, mais de porter son attention sur le processus, habiter pleinement le geste.
Gisèle explore justement ce rapport entre formes végétales, répétition du geste et apaisement dans son article « Zentangle fleurs : de simples lignes à des fleurs apaisantes ».
Ce qu’Impatiens raconte lorsqu’on la dessine
Impatiens est un bon exemple de cette manière de travailler.
C’est une plante originaire de l’Himalaya, où la belle saison est courte et les gelées arrivent rapidement. Elle doit donc accomplir son cycle sans perdre de temps. Elle pousse vite et peut atteindre une taille importante en quelques mois.
Toute sa signature raconte cette accélération. Sa tige est rigide, creuse et gorgée d’eau. La plante supporte mal le manque d’eau et flétrit rapidement lorsque les conditions deviennent défavorables. Ses capsules explosent au moindre contact et projettent les graines à plusieurs mètres, y compris parfois des graines qui ne sont pas encore arrivées à maturité.
Chez Impatiens, mieux vaut partir trop tôt que trop tard !
Lorsque je regarde cette plante sous l’angle de la théorie des signatures, je retrouve donc ce que nous connaissons de l’état Impatiens chez l’être humain : la rapidité, la pression interne, l’anticipation, la difficulté à attendre et cette tendance à être déjà dans l’étape suivante alors que la précédente n’est pas terminée.
Mais la fleur raconte quelque chose de différent.
La fleur rose pâle utilisée pour préparer l’élixir est presque horizontale. À l’arrière, elle possède un éperon floral assez massif qui semble retenir le mouvement. Alors que toute la plante paraît projetée vers l’avant, sa fleur apporte visuellement un mouvement inverse, comme si elle venait mettre un frein à cette course.
C’est en la dessinant que cette opposition m’est apparue encore plus clairement.

Lorsque ma main doit suivre la forme de la fleur, je ne suis plus seulement en train de me dire : « Impatiens doit apprendre à ralentir et à s’adoucir». Je suis en train de suivre physiquement ce mouvement de rééquilibrage.
J’ai filmé cette expérience dans une vidéo intitulée « Dessiner la fleur d’Impatiens pour mieux la comprendre », disponible sur ma chaîne YouTube Méditenfleurs.
Le principe d’Impulsion : démarrer puis laisser faire
À travers Impatiens, c’est le principe d’Impulsion que nous pouvons observer.
Nous avons besoin d’impulsion pour commencer quoi que ce soit. Une graine peut rester en dormance pendant longtemps, puis certaines conditions vont lui donner le signal : c’est maintenant. Elle germe.
Dans nos vies, c’est la même énergie qui nous permet de démarrer un projet, de prendre une décision, de créer quelque chose ou simplement de nous mettre en mouvement. C’est l’étincelle initiale qui permet de dépasser l’inertie.
Mais une impulsion, par définition, n’a pas vocation à durer.
Une fois le mouvement enclenché, il faut laisser les autres étapes se dérouler. Il faut parfois attendre, laisser maturer, accepter que le vivant suive son propre rythme.
C’est précisément là que l’énergie d’Impatiens peut se déséquilibrer. À peine une chose est-elle commencée que nous voulons déjà passer à la suivante. Nous relançons, accélérons, poussons, anticipons. Comme la plante qui projette parfois ses graines avant qu’elles soient complètement mûres.
Son enseignement ne consiste donc pas à renoncer à notre capacité d’impulsion pour devenir infiniment patient. Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître le bon moment pour donner l’impulsion, puis le bon moment pour arrêter de pousser.
Je trouve que le dessin permet justement d’expérimenter cela d’une manière très simple. Il faut bien donner une première impulsion au crayon, mais une fois le trait commencé, je dois rester avec lui. Je ne peux pas tracer toutes les lignes à la fois. Je dois accepter le temps nécessaire à chacune d’elles et avancer progressivement.
Du dessin au mantra
Le dessin est l’une des pratiques que j’utilise aujourd’hui pour explorer l’enseignement des fleurs, mais ce n’est pas la seule. J’aime chercher différentes manières de passer de la compréhension intellectuelle à l’expérience : méditer avec la signature de la plante, expérimenter les élixirs ou encore mettre leur message en mots.
Dans un ancien schéma laissé par le Dr Bach, les fleurs sont reliées entre elles selon différents chemins. L’une des interprétations de ce schéma consiste à y voir un chemin spirituel qui nous permet de remonter d’un sentiment de séparation vers une expérience d’unité.
Pour Impatiens, ce chemin passe par cinq fleurs : Impatiens, Mustard, Crab Apple, Pine et Walnut. J’ai cherché la qualité que chacune de ces fleurs pouvait apporter sur ce chemin : l’impulsion avec Impatiens, la joie avec Mustard, la conscience de sa valeur avec Crab Apple, l’acceptation et l’amour de soi avec Pine, puis le sentiment d’unité avec Walnut.
À partir de ces cinq étapes, j’ai écrit un mantra :
« Je suis un être capable d’impulser de nouvelles dynamiques. Quand je me mets en mouvement, je retrouve ma joie de vivre naturelle et je reprends conscience de ma valeur. Depuis cet endroit, je peux me donner de l’amour et je m’accepte totalement. Je sens que je suis un enfant du divin. »
Je propose ce mantra comme un exemple, mais ce que je préfère est inviter chacun à écrire le sien. Chercher ses propres mots oblige à se demander ce que représente réellement chacune de ces qualités pour soi.

Le dessin et le mantra ont finalement quelque chose en commun. Dans un cas, je donne une forme au chemin avec ma main ; dans l’autre, je lui donne des mots. Dans les deux cas, je cherche à ne pas rester uniquement dans une compréhension mentale de la fleur.
Une expérience à essayer avec une fleur
La prochaine fois que vous aurez envie de dessiner une fleur, je vous propose donc de commencer par quelques minutes d’observation.
Au lieu de vous demander uniquement « À quoi ressemble-t-elle ? », posez-vous une autre question : « Qu’est-ce qu’elle est en train de faire ? »
Regardez sa tige, ses feuilles, l’orientation de ses fleurs. Essayez de percevoir le mouvement général de la plante, puis laissez votre main le suivre.
Il n’est pas nécessaire de connaître les Fleurs de Bach ni la théorie des signatures pour faire cette expérience. Vous pouvez simplement observer ce que le dessin vous oblige à voir et que vous n’aviez pas remarqué au premier regard.
C’est peut-être là que se rencontrent le dessin méditatif et mon approche des Fleurs de Bach : dans cette attention portée au geste du vivant et dans ce qui se passe lorsque notre propre geste vient à sa rencontre.
Pour aller plus loin
Le vendredi 18 septembre, de 10h à 12h, j’animerai un atelier en ligne offert intitulé « Les 12 Lois Spirituelles des Fleurs ».
Pendant ces deux heures, je vous proposerai de découvrir cette dimension moins connue des Fleurs de Bach et les douze grands principes du Vivant portés par les Douze Guérisseurs. Nous prendrons notamment le temps d’observer ensemble la signature d’une plante pour essayer de comprendre ce qu’elle peut nous enseigner, puis nous expérimenterons l’un de ces principes à travers une méditation.
Il n’est pas nécessaire de connaître les Fleurs de Bach pour participer. Le seul prérequis est d’avoir de la curiosité pour les plantes et pour ce qu’elles peuvent nous apprendre.
L’atelier est offert et le replay sera envoyé à toutes les personnes inscrites.
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À propos de l’auteure
Mathilde Juan est fondatrice de l’école Méditenfleurs et transmet depuis dix ans les Fleurs de Bach et la Médecine des Fleurs. Formatrice et chercheuse, elle développe des espaces d’expérimentation et de rencontre avec les Fleurs, notamment au sein du Club Méditenfleurs, un groupe de recherche florale qui rassemble plus de 200 passionnées et professionnelles. Elle explore aujourd’hui les dimensions émotionnelles, énergétiques et spirituelles des élixirs floraux ainsi que la manière dont l’observation des plantes peut devenir un chemin de connaissance de soi.


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